Retraite : les jours d’après… pour un monde d’après (suite)

Par Patrick LebrunSecrétaire national de la section des retraités

« La seule façon de mettre les gens ensemble, c’est encore de leur envoyer la peste », écrivait Albert Camus dans son célèbre roman. Les propositions effectuées par Laurent Escure, secrétaire général de l’UNSa, dans un article intitulé « Après la crise, un monde à repenser » s’inscrivent assurément dans cette absolue nécessité de mettre les gens ensemble. pour construire « le monde d’après ». Laurent Escure entrevoit le monde d’après en huit propositions, les voici :

1. Priorité absolue à la sécurité sanitaire :
• en équipant, mais aussi reconnaissant et revalorisant, tous ceux qui travaillent dans les secteurs des soins,
• en faisant perdurer la pratique des gestes barrières,
• pour les mois qui suivront, la préparation des stocks stratégiques d’équipement dans tous les domaines essentiels à l’enjeu sanitaire ainsi qu’à la relocalisation de certaines activités.

2. Nécessité de reconnaître les travailleur et agents publics de première et deuxième lignes :
• ceux qui agissent en s’exposant à une contamination pour que la crise soit gérée et les soins apportés.
• que le confinement puisse se faire dans des conditions vivables en augmentant leur rémunération et en redéfinissant la structure de cette rémunération.

3. Renforcer l’État stratège dans une Europe stratège :
• la puissance publique doit disposer des stocks stratégiques des outils de l’indépendance et de plan de continuité qui permettent d’agir et de faire face à une crise majeure. Notre modèle social a déjà fait la preuve de son utilité comme amortisseur des crises, il devra, lui aussi, être conforté dans cette optique stratégique.

4. Impulser un plan de relance d’investissements et de formation français et européen :
• les aides apportées aux entreprises, le dispositif de chômage partiel, les aides aux précaires devront être maintenus.
• les actionnaires doivent contribuer en voyant leurs dividendes suspendus. • un plan de relance et d’investissement doit être mis en place en France et en Europe.

Cette bataille devra être menée avec tous les partenaires européens pour pousser au maximum la mutualisation de la dette générée. Il faut éviter la division européenne, mais pire encore, se prémunir contre l’impuissance due à la difficulté d’un accord de tous. Cette injonction d’argent public financée sur le long terme doit aider à la reprise et au traitement social de l’après, mais être aussi l’occasion d’un plan d’investissement. Quitte à faire tourner la planche à billets, il faudra en profiter pour opérer les reconversions, les relocalisations, la réindustrialisation, le développement des entreprises de taille intermédiaire, dont les besoins ont été révélés, et qu’exige la transition écologique.

5. Changer de logiciel pour une vraie transition écologique, technologique et sociale :
• la très lente sortie de cette crise doit être l’occasion de réorienter nos activités et de penser les modèles alternatifs qui nous feront enfin basculer dans la transition écologique, technologique et sociale.

6. Installer de nouveaux rapports au travail :
• le télétravail a montré, à beaucoup d’entreprises qui ne le pratiquaient pas, que c’était possible. Il conviendra de multiplier les accords en ce sens pour l’autoriser.

7. Renforcer la démocratie face au péril autoritaire :
• cette crise met au défi nos démocraties dans leur capacité à concilier la sécurité et les libertés. Nous devons nous protéger de toute tentation autoritaire, d’où qu’elle vienne.

8. Redonner une place aux partenaires sociaux et au dialogue social sincère :
• dans la transition vers « le nouveau monde  », la démocratie sociale renforcée avec une gestion tripartite (pouvoirs publics/travailleurs etemployeurs) sera décisive tant pour limiter l’impact de la crise économique et sociale que pour la relance économique ou encore la gestion des stress post-traumatiques.

Nous souscrivons largement à ces propositions présentées, avant l’allocution du Premier ministre à l’Assemblée nationale, dévoilant ce qui allait devenir le « plan de déconfinement ». Tout comme Laurent Escure au lendemain du débat parlementaire et du vote intervenu, nous constatons que des demandes de l’UNSa figuraient dans ce plan, mais que des zones d’ombre demeuraient. Nous avons pris acte qu’il n’était plus question de stigmatiser une génération, celle des seniors de 65 ans, considérés comme fragiles, alors qu’il y a quelques mois encore, en plein débat sur la réforme des retraites, ces mêmes seniors demeuraient aptes au travail. Nous faisons nôtre, l’analyse à chaud effectuée par l’UNSa retraités, qui relève « la prudence dans la mise en œuvre de la sortie du confinement, justifiée par l’absence, à ce jour, de traitement efficace et plus encore de vaccin _ un appel au civisme et à la responsabilité de chacun pour enrayer la pandémie, sans mesures discriminatoires à l’égard des plus âgés. Les propositions formulées par le Premier ministre, si elles manquent parfois de précisions, vont dans le bon sens, avec l’égal souci de protéger les populations et de permettre à l’économie du pays de redémarrer. Des précisions devront être apportées pour que la confiance soit au rendez-vous. S’agissant des retraités, l’État ne devra pas cependant argumenter des effets de la pandémie pour oublier les engagements du jour d’avant  : la revalorisation des pensions de retraite situées entre 2000 € et 2014 €, initialement prévue au 1er avril (reportée de quelques mois, pour cause de COVID-19) et la loi sur le grand âge et la dépendance, qui, si elle avait précédé la crise sanitaire, aurait assurément pu épargner bon nombre de nos anciens. Merci Albert Camus de nous permettre de conclure cet article avec, à nouveau, deux extraits de La Peste (roman à relire impérativement, peut-être l’été prochain sur la plage) :

Ah ! Si c’était un tremblement de terre ! Une bonne secousse et on n’en parle plus… On compte les morts, les vivants, et le tour est joué. Mais cette cochonnerie de maladie ! Même ceux qui ne l’ont pas la portent dans leur cœur. Tout le monde était d’accord pour penser que les commodités de la vie passée ne se retrouvaient pas d’un coup et qu’il était plus facile de détruire que de reconstruire.
Albert Camus

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