Histoires Vraies : vous l’avez vécu (suite)

Métropôle – Outre-mer


Témoignage d’une collègue de Mayotte.

Comment s’est passé votre confinement à Mayotte tant sur le plan personnel que professionnel ?

Un confinement très compliqué, d’autant qu’à l’heure où je vous écris (16/05), nous n’en sommes toujours pas sortis et nous n’avons pas de date pour le déconfinement.

Mayotte de par ses spécificités géographiques et contextuelles montre ses limites. Nous sommes dépendants pour beaucoup de la métropole et de la Réunion tant sur le plan professionnel, puisque nous relevons du SAR de Saint Denis de la Réunion pour l’approvisionnement des masques et du gel hydro-alcoolique, que sur le plan personnel pour des choses aussi basiques que le ravitaillement des magasins, qui se retrouvent donc à moitié vides, auquel s’ajoute la psychose du manque.

Cette situation de confinement a également été un vecteur de la délinquance qui n’a cessé d’augmenter avec des agressions en plein jour, des magasins pillés et brulés, des cambriolages à répétition, des voitures caillassées, des coupeurs de routes et des regroupements de “Merengué” qui ne sont autres que des combats de boxe à mains nues, de plus de 200 personnes parfois, tout ceci menant à des affrontements avec les forces de l’ordre. Mayotte vit donc actuellement dans un contexte doublement anxiogène vis-à vis du Covid 19 mais aussi, et peut être surtout, vis-à vis de la hausse de la délinquance. Nous espérons ne pas revivre les mouvements sociaux de 2018 tant la population commence à montrer son ras-le-bol. 

Comment abordez vous la fin du confinement et la reprise des activités ?

Nous l’abordons avec un mélange de prudence et d’incertitude.

Nous avançons beaucoup à l’aveugle et en jonglant entre ordres et contre-ordres. L’avantage de la poursuite du confinement à Mayotte réside certainement dans l’enseignement qu’on va pouvoir tirer du déconfinement dans les autres départements, à commencer par la Réunion, et du temps supplémentaire qui nous est accordé pour aménager les locaux et bureaux de la juridiction. La reprise s’annonce mouvementée notamment concernant l’accueil des justiciables puisque nous recevons beaucoup de public en présentiel du fait qu’à Mayotte une grande partie de la population ne dispose pas de nouvelles technologies pouvant permettre le traitement de leurs demandes à distance. Le téléphone ou les courriels ne sont pas adaptés à notre île. De plus, au niveau des agents, le télétravail reste minime puisque seuls 5 fonctionnaires de greff e ont pu être dotés d’un untra-portable et certains services sont à l’arrêt total depuis le 16 mars. 

Pour vous, les mesures de protection pour les personnels et les justiciables, prises et fournies par l’administration, étaient-elles suffisantes et adaptées ?

A l’heure actuelle, les mesures sont suffisantes et adaptées mais à mon sens, elles ont été tardives. Il nous a fallu attendre plusieurs semaines après le début du confinement avant que le tribunal ne soit doté de gel hydro-alcoolique et de masques – à cause notamment de la distance avec la métropole et avec notre SAR – et en quantité très limitée. Et si elles semblent adaptées durant cette période de confinement, la question se reposera au moment du déconfinement puisque il y aura plus d’agents sur site donc une plus grande consommation. De même, la question des mesures de protection pour les justiciables est en train d’être étudiée.

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