Tous confinés, mais pas à l’arrêt ni baîllonnés (suite)


Franck Le Guern
Secrétaire Régional
Secteur Grand Ouest

Voilà on y est, 17 mars 2020, on bascule vers le confinement. Boum ! Mais confiné… comment faire ? Vite ! Je prends contact avec le maximum de correspondants sur les 3 cours d’appel du grand ouest, c’est la course ! Je sais que cela va être difficile.

Rapidement faire le tour des « popotes », rappeler aux correspondants, aux adhérents, aux collègues proches que je reste joignable au téléphone, et je communique mon adresse courriel personnel. Un objectif : rester au contact des collègues et permettre à un maximum d’entre eux d’avoir quelqu’un vers qui se tourner en cas de besoin. Un dernier courriel aux adhérents, je rappelle que
je suis à leur disposition et qu’ils peuvent me contacter quand ils le souhaitent. Refaire le point une dernière fois sur les documents dont j’ai besoin. Vérifier à nouveau que mes derniers messages sont bien partis, il est presque midi… Voilà… J’éteins l’ordinateur du bureau. Je vérifie avoir pris les dossiers dont je veux m’occuper en priorité et qui m’accompagneront chez moi. Midi, 17 mars 2020, on y est !

Dans un premier temps, drôle de sentiment, on se sent un peu seul, déstabilisé et interrogatif sur ce qui va se passer. Quelles seront les réactions des collègues ? Quelles seront les exigences des chefs de juridiction ? Quelle organisation mettre en place au sein des juridictions sous l’impulsion des Directeurs. Seul, voilà le sentiment qui domine dans un premier temps…

Très vite l’organisation et le réseau de l’UNSA Services Judiciaires se rappelle à moi. Les conseillers de secteur, les secrétaires régionaux, les membres du Bureau National se mettent en ordre de marche : « alors comment ça se passe chez toi ? », « les PCA, tu peux me fournir les orientations qui sont prises sur ton secteur ? », « as-tu dans tes secteurs, des juridictions totalement fermées ? »… Le sentiment d’isolement ne dure pas longtemps et c’est une chance, l’équipe de l’UNSA SJ, au complet, est en place pour faire face aux difficultés et répondre au mieux aux légitimes attentes des collègues. Tous les doutes sont levés sur notre capacité collective à collaborer et à travailler.

Les premières saisines arrivent, coups de fil, courriels, les premiers dysfonctionnements apparaissent, à tel endroit pas de respect des distanciations, manque de moyen récurrent, à tel autre, pas de gel hydro-alcoolique, pas de masque, PCA qui déborde avec des exigences mal venues pour faire tourner des services non ciblés « essentiels »…. un constat un peu amer, en cette période de crise, aucun répit : là où des problèmes récurrents en terme de management étaient présents, pas de miracle, pressions insupportables sur les obligations de présence, chantage aux ASA et à leurs « effets », faire tourner les services quoi qu’il en coûte…

Quand les statistiques sont les seuls moteurs qui motivent certains chefs de juridiction ou certains chefs de cour, aller tenter d’expliquer que le confinement est LA condition pour stopper la pandémie, et que leur vision de rendement est un danger pour la santé des collègues… Quel argument développer, quand un chef de cour indique lors d’une visioconférence « on ne va quand même pas entretenir les fonctionnaires à regarder Netflix à la maison… ». Je me refuse à faire allusion à certains bâtonniers dont la mémoire ne va pas au-delà de deux mois ! Heureusement si cette période de crise est révélatrice des cotés les plus sombres de certains, elle est aussi révélatrice du meilleur chez d’autres : nombre de Directeurs (les plus nombreux) ont tout mis en œuvre, sans compter leurs heures, et en toute transparence, pour réussir malgré tout à faire coïncider intérêts du service public de la Justice, des justiciables, et des fonctionnaires amenés à remplir leur mission : félicitations à eux ! Merci aussi à certains chefs de juridiction dont la priorité aura réellement été la santé des agents, sans que cela ne s’arrête à des effets d’annonce, dans la continuité des PCA. Je loue aussi la qualité de certains chefs de cour, qui ont su imposer, à toutes leurs équipes de management, quelle que soit la taille des juridictions de leur ressort, une mise en place efficace, uniforme, transparente, et sécurisée. Bravo ! L’équipe UNSA SJ du secteur saura les remercier directement.

Les pensées portées par les dernières lignes de mon propos, iront vers l’ensemble des fonctionnaires des greffes, quelle que soit leur catégorie, qui n’ont nullement à rougir de leur implication dans le fonctionnement de notre institution : nombre d’entre eux et la majorité la plus large, dès la première heure du confinement, et sans connaître par avance les conséquences de leur choix, se sont portés volontaires pour le bon fonctionnement de l’institution, comme il le font depuis longtemps, sans compter leurs heures, leurs efforts, leurs implications, leur investissement… Comment imaginer que ceux-là ne pourront pas bénéficier de la moindre prime, pourtant promise à grand renfort de communication par nos gouvernants. Pour nos professions que restera t il à l’issue de cette expérience ? Une vraie reconnaissance, sonnante et trébuchante, ou bien une épaisseur supplémentaire d’amertume sur une désillusion déjà prégnante ?

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