Le roi, les gaulois et les retraités réfractaires

Par Patrick Lebrun, Section des retraités UNSa SJ

Il était une fois , un vieux pays appelé la Gaule, devenu subitement la Macronie.

Dans cette Gaule, dotée d’un peuple mythique, travailleur, aux valeurs morales et républicaines profondément ancrées, grandit un jeune banquier fringuant et même un peu dandy dit-on, qui découvrit très tôt les arcanes du pouvoir.

Le pays se remettait alors difficilement d’une crise économique qui n’avait de précédent que celle de 1929. Différents barons avaient tenté, en vain, de redresser le pays, au moins étaient-ils parvenus à le protéger des chemises brunes ou rouges.

La population de ce pays, issue d’un grand brassage ethnique et culturel, comportait entre autre un groupe atypique de 16 millions d’âmes, appelés
« les retraités », que les mauvaises langues cataloguaient de nantis, au motif qu’ils disposeraient d’une qualité de vie et d’un pouvoir d’achat supérieurs. Il convient de rappeler ici, que ce soi-disant confort, ils l’avaient acquis après 40 années de labeur et parfois plus, consacrées à la reconstruction du pays miné par une guerre mondiale et deux guerres coloniales. Au sein de cette catégorie, bon nombre ne disposait en fait que de modestes pensions, s’ils n’avaient atteint le seuil de pauvreté.

Les Gaulois donc, après cinq années de présidence « normale », furent appelés en 2017 à désigner à nouveau leurs dirigeants. Tandis que les anciens barons s’entredéchiraient pour obtenir le leadership, notre fringant banquier, aidé de quelques gaulois inconnus du grand public, se mit en marche. Puis, il eut l’idée de se faire élire « roi », sur un projet « de redresse-ment du pays ». Son programme électoral parut rassurant aux yeux des retraités, eu égard aux autres candidats plus férus de vendre de la poudre de perlimpinpin que de s’engager dans des promesses crédibles.

Elu, certes démocratiquement mais par défaut (25% d’abstention) et surtout par dépit, le Roi s‘installa au Palais dans un « style Jupitérien ». Il y travailla d’arrache-pied, twittant jour et nuit afin de faire voter le maximum de lois pour satisfaire les bons Gaulois (réforme de l’ISF), faire travailler les Fainéants (loi et ordonnances Travail) et remettre sur les rails la Sncf. Pour financer tous ses projets, il fallut trouver de l’argent : il eut donc l’idée de puiser dans les bas-de-laine des retraités en augmentant tout d’abord la CSG, sans contrepartie pour cette caste privilégiée, puis en gelant quasiment leurs pensions.

Ces retraités, qui avaient déjà vécu des revers sous les régimes précédents : allongement du temps de cotisation, désindexation des pensions par rapport au point d’indice, suppression de la demi-part fiscale attribuée aux veufs. décidèrent de se rebiffer. C’est ainsi qu’ils devinrent réfractaires. Réfractaires, non pas aux réformes, non pas aux changements, ils y étaient en partie favorables. Ils devinrent réfractaires à cause de l’inégalité criante dont ils étaient victimes.

Quand les actifs pouvaient espérer augmenter péniblement leur rémunération mensuelle d’une vingtaine d’euros par mois, eux constataient au versement de leur pension, une perte pouvant atteindre une cinquantaine d’euros mensuellement.

Les retraités se retrouvaient donc à égalité avec les actifs, en termes de mépris manifesté par le pouvoir. Pour améliorer leur quotidien, prendre des vacances, voire aider leurs enfants et petits-enfants, ils se voyaient obligés, encore ou à nouveau, de travailler et cumulaient des revenus produits d’une activité partielle avec leur pension de retraite.

Les retraités avaient donc manifestement le droit de se plaindre, ce que le Roi leur a reproché. Ainsi, la presse a-t-elle rapporté : « Interpellé par des retraités lors d’un déplacement, le président de la République leur a demandé d’« arrêter de se plaindre », et de « se rendre compte de la chance [qu’ils avaient] ». 

Alors, les réfractaires descendirent plusieurs fois dans la rue pour manifester leur mécontentement, soit en soutien des actifs avec les organisations syndicales de salariés, soit et c’est une première dans l’histoire sociale française – de façon autonome, avec les organisations de retraités, dont l’UNSa retraités.

Dans notre dernière lettre d’infos, nous avons noté « une approche un peu plus ouverte de certains parlementaires de La République En Marche par rapport aux revendications que nous exprimons. L’amendement déposé par un groupe de députés pour introduire une dose de progressivité dans les taux de CSG, s’il ne répond en rien à nos attentes, témoigne toutefois d’une position moins monolithique dans le vote du projet de loi de finances de la Sécurité sociale. Nous avons la faiblesse de penser que nos arguments ont pu, ici ou là, ébranler quelques certitudes et éveiller une ébauche de ré-flexion critique par rapport au sort réservé par le gouverne-ment aux retraités. Ce qui est un progrès limité mais réel. »

Le Roi peut demander à ses conseillers «d’arrêter d’emmerder les retraités », les seniors attendent de pied ferme qu’il montre l’exemple. Dans l’immédiat, nous invitons tous les collègues retraités à ne pas baisser les bras. Nul doute que les 16 millions de retraités français réagiront dans les urnes : ils représentent près d’un quart de la population, mais sur-tout 35 % du corps électoral recensé en 2017. Et c’est ce qui pourrait inquiéter Emmanuel Macron. 

Depuis le 1er avril 1983, le cumul emploi-retraite donne la possibilité à une personne retraitée qui perçoit une pension personnelle du régime général, d’exercer une activité professionnelle et de cumuler ses revenus professionnels et sa retraite, sous réserve de remplir les conditions requises. Ce dispositif a été assoupli le 1er janvier 2009, le cumul intégral des ressources sans limite de plafond étant la principale modification. Suite à l’assouplissement de la mesure prenant effet à compter de 2009, l’effectif des «cumulants» a depuis augmenté à un rythme soutenu au fil des années pour atteindre une évolution de près de + 50% entre 2009 et 2017.

Sources : UNSa retraités ; Rfi ; le Figaro ; Marianne ; CNAV ; www.sauvegarderetraites.org

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