PRÉSENTATION DE CATHERINE SOLIVELLAS, NOUVELLE SECRÉTAIRE NATIONALE DE L’UNSA SERVICES JUDICIAIRES

PARCOURS ET PRISE DE FONCTION

Je n’ai pas choisi le Ministère de la Justice par hasard. Enfant déjà, je voulais combattre les injustices qui me révoltaient. Comme j’étais très réservée, j’ai passé le concours de greffier en 1999, un métier que j’adore, très enrichissant et dont j’apprécie aussi la technicité. On apprend tous les jours, à

la fois sur la nature humaine (au contact des justiciables et dans le cadre du collectif de travail) mais aussi sur le plan procédural : on n’a jamais le temps de s’ennuyer avec les réformes que nos politiques « pondent » en permanence (rire). J’ai exercé des fonctions au pénal et au civil : tribunal de police, tutelles mineurs, nationalités, BO, TPE, JAF, Civil, MJD…J’ai commencé ma carrière au TGI de Metz

et je suis maintenant au TJ de CHALON SUR SAONE où
j’ai récemment été promue cadre greffière. J’ai aussi été formateur occasionnel à l’ENG et vacataire à l’université de Bourgogne-Franche Comté.

Je ne suis pas du tout tombée dans la marmite du syndicalisme quand j’étais petite ! Au contraire, je me méfiais des syndicats dont j’avais une vision caricaturale d’empêcheurs de tourner en rond… Et j’avais une très haute estime de la hiérarchie en qui j’avais une confiance aveugle, jusqu’à ce qu’on me demande de faire des actes contraires à mon serment de greffier. Un président de tribunal et une directrice de greffe m’ont demandé de délivrer des AFM non régulières et quand j’ai refusé, je me suis heurtée

à la violence de l’injustice dont j’ai compris qu’elle était institutionnalisée : ces abus d’autorité étaient connus de tous et ne concernaient pas que moi, mais ils étaient tus, donc implicitement autorisés. J’ai subi des menaces, des brimades, des coups bas de ma hiérarchie et je suis tombée très bas moralement. Mais je ne pouvais pas me résoudre

à accepter de faire des choses contraires à mes principes donc j’ai décidé de me battre, pour moi et pour ceux qui souffrent à cause du travail. C’est comme ça que je me suis intéressée à l’action syndicale.

Après plusieurs prises de contact, j’ai choisi de rejoindre l’UNSa SJ pour plusieurs raisons. D’abord, parce que c’est un syndicat apartisan (apolitique), que c’est une organisation multi-catégorielle qui agit donc pour l’ensemble du collectif de travail, mais aussi et surtout parce que j’ai découvert un

positionnement modéré où le dialogue et la pédagogie sont au cœur de l’action. Je ne me serais pas retrouvée dans
un syndicat contestataire où l’on critique sans proposer d’alternatives.

J’ai donc été aidée par l’UNSa SJ pour relever la tête
et quand je me suis sentie mieux, j’ai proposé à ma correspondante UNSa SJ de m’investir pour aider à mon tour des collègues qui n’allaient pas bien. C’est comme ça que j’ai intégré les équipes de militants et que j’ai accepté de figurer sur les listes électorales. C’était en 2014, cela fait donc 11 ans maintenant que je suis syndicaliste, et que j’en suis fière (sourire) !

J’ai commencé comme correspondante de mon tribunal judiciaire à Chalon, puis j’ai été élue à la commission exécutive de l’UNSa SJ (l’organe politique) lors du Congrès de la Grande Motte en 2018, renouvelée en 2021 lors du congrès de Lyon où j’ai intégrée le bureau national comme secrétaire générale adjointe d’Hervé BONGLET, jusqu’au mois dernier où je lui ai succédé. Entre temps j’ai aussi été élue à la CAP des greffiers, au CSA ministériel et au CSA des Services Judicaires.

Hervé BONGLET avait informé très rapidement les membres du bureau national qu’il ne briguerait pas un 4ème mandat. Je ne m’étais pas du tout projetée pour prendre sa relève, je

n’en avais pas l’ambition et je pensais manquer d’expérience syndicale car le poste de secrétaire général est tout de même très exposé et la responsabilité y est très lourde. La vie syndicale a fait le reste : ces quatre dernières années ont été très mouvementées avec des dossiers très lourds à porter. Je me suis passionnée pour ce travail intense dans lequel je me suis vraiment investie. En plus, j’ai eu la chance d’être portée par les équipes, et notamment Hervé qui m’a proposé de me former à la fonction, autant qu’on puisse l’être. Après une période de réflexion (car ce n’est pas sans conséquence sur la vie privée et familiale), j’ai décidé de relever le défi.

C’est très impressionnant de prendre la relève d’Hervé qui a un bilan très positif et qui est très apprécié des équipes. Il a tout de même réussi à signer 4 accords majeurs en 12 ans pour l’ensemble des corps de la DSJ et il a mené l’UNSa
SJ à la victoire à chaque élection professionnelle donc la pression est là, bien sûr. Je ne sais pas si je ferai aussi bien (ça va être difficile tout de même !!) mais je peux dire que je ferai de mon mieux et que je mettrai toute ma conviction et ma combativité pour y parvenir.

Je pense que le secrétaire général d’une organisation syndicale est un chef d’équipe, avec trois missions essentielles.

Il doit fédérer pour renforcer les équipes internes : sans militant de terrain, un syndicat n’est rien, il s’éloigne de sa base et ne comprend plus les problématiques des agents. On ne décide pas depuis Paris, il faut être au plus proche des agents qu’on défend et qu’on représente (c’est d’ailleurs là le problème de l’administration…).

Il doit ensuite veiller à ce que syndicat communique suffisamment sur ses actions : nous menons beaucoup de combats et nous travaillons beaucoup mais nous le faisons parfois insuffisamment savoir. Or, mieux expliquer notre action nous permettra de développer le syndicalisme . Et les professions les plus syndiquées sont toujours plus visibles et plus fortes face à l’administration.

Enfin, le secrétaire général doit bien sûr porter quotidiennement la parole et les combats des personnels qu’il représente. Il doit faire un travail de lobbying important pour marteler les priorités des personnels de greffe jusqu’à ce qu’elles s’imposent à notre administration. Pour ce faire, il faut aller à la rencontre des parlementaires, des ministres, de la DSJ …

L’ÉTAT DES LIEUX DU SERVICE PUBLIC DE LA JUSTICE

Notre Justice fonctionne essentiellement grâce à l’implication des personnels de Justice qui ont une très grande conscience professionnelle et qui mesurent l’enjeu de leurs missions sur la vie des justiciables qu’ils accueillent tous les jours. Les effectifs sont très en deça des besoins (la France est en queue de peloton au classement européen), et ce depuis des années. Ce sous- effectif occasionne des conditions de travail très difficiles pour tous et une souffrance réelle liée à ces conditions inacceptables (audiences tardives, absentéisme élevé, suractivité permanente, tensions …) qui mènent certains de nos collègues à la dépression et au burn-out. Ce n’est pas acceptable et ce sera l’un de mes combats.

L’UNSa SJ est déjà très active sur ce terrain : nous avons au cours du dernier mandat multiplié les rencontres avec les parlementaires (Assemblée nationale, Sénat, députés), avec les gardes des Sceaux successifs, avec la cour des comptes, avec l’Inspection générale de la Justice, avec la DSJ bien sûr et cela commence à porter ses fruits. Ce n’est pas un hasard si pour la première fois, après plus de 10ans de revendications, la porte de l’accès à la catégorie A du greffier s’est enfin ouverte, ou que la création de la filière technique est en bonne voie. Bien sûr, ce n’est pas encore suffisant, nous avons encore beaucoup à faire mais sans ce travail defond et de longue haleine, l’administration n’aurait jamais lâché spontanément ces avancées qui emportent avec elles tous les autres corps. La négociation des grilles indiciaires des directeurs aurait-elle pu réellement voir le jour sans la création des cadres greffiers dont la rémunération se rapproche de celle de leur supérieur hiérarchique ? Je ne crois pas. La revalorisation de l’indemnitaire des corps communs est aussi en lien avec ces avancées. La reconnaissance dans le contexte budgétaire que la France connaît est difficile à obtenir mais notre travail, et celui d’Hervé, a payé. Nous pouvons en être fiers et nous allons continuer de le mener !

La question de la dégradation des conditions de travail est un vrai sujet. L’UNSa SJ est la seule organisation syndicale à avoir été force de proposition sur ce sujet à la formation spécialisée du CSA des services judiciaires mais l’administration a encore du mal à être efficiente, même

si je crois sincèrement que c’est sous la pression de notre syndicat qu’elle a non seulement reconnu la souffrance au travail des collègues mais qu’elle commence aussi à mettre en place une politique de prévention des risques professionnels. Mais on est encore trop loin du compte. Nous allons devoir être encore plus incisifs sur ce sujet.

Les transgressions de notre Ministère quant aux réglementations protectrices des agents sont de plus en plus nombreuses (non respect de la circulaire Lebranchu, non respect du droit du travail en matière de santé au travail…). Il est nécessaire d’avoir une vigilance accrue et de continuer de nous battre pour que nos droits soient enfin respectés. Nous l’avons déjà fait en obligeant, par notre saisine du Conseil d’Etat, la DSJ à revenir sur la rupture d’égalité des greffiers et directeurs principaux dans leur IFSE. Il nous faudra continuer.

L’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers de greffe va probablement bouleverser les missions des agents du greffe dans un avenir assez proche. Il est essentiel d’anticiper ce sujet dans nos travaux avec l’administration afin de préserver au mieux nos métiers et la qualité du service public de la Justice.

LES PRIORITÉS ET LA STRATÉGIE SYNDICALE

Comme je te l’ai dit, je suis très attachée à lutte pour l’amélioration des conditions de travail. Trop collègues
sont en souffrance alors qu’ils aiment leur travail mais ne trouvent pas d’autre issue que de partir pour fuir ou tombent malades. C’est inacceptable et cela doit changer ! Il faut que la culture du rendement cesse et que la prévention des risques professionnels devienne enfin une priorité. L’UNSa vient d’obtenir des moyens supplémentaires pour les

assistants de prévention et surtout que les chefs de service soient enfin évalués sur leur politique de prévention des risques professionnels, c’est un bon début mais on sait que ça va prendre du temps avant que les mentalités changent… Nous avons fait beaucoup d’autres propositions qui restent pour l’instant lettre morte mais nous ne lâcherons rien !

Bien sûr ! Contrairement à d’autres syndicats , l’UNSa SJ a toujours fait le choix de privilégier la fiabilité de l’information et l’explication contextuelle plutôt que la rapidité de la diffusion. C’est essentiel. Notre environnement professionnel est très complexe et les contraintes juridiques sont réelles donc si nous n’expliquons pas le pourquoi du comment, cela génère légitimement colère et incompréhension dont nous sommes responsables. Ainsi, il nous appartient d’expliquer que certaines revendications portées par des agents ne s’inscrivent pas dans le droit positif de la fonction publique et que nous n’avons pas une carte blanche dans nos échanges (comme l’intégration des primes dans le calcul de la retraite). Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas mener ces combats mais parce qu’ils ne se décident pas au niveau

du Ministère de la Justice, notre marge de manœuvres est forcément réduite et nous oblige à trouver d’autres leviers pour tendre vers l’objectif poursuivi.

Etre syndicaliste, c’est à la fois défendre ses collègues et obtenir des avancées pour eux. Cela suppose de travailler avec l’administration qui détient seule tous les pouvoirs. L’UNSa SJ s’est toujours démarquée des autres syndicats en prônant le dialogue et les propositions alternatives avant l’attaque, ce qui ne nous empêche pas de taper du poing sur la table chaque fois que nécessaire. Les chefs de Cour, la DSJ, les gardes des Sceaux le savent, et nous sommes aussi craints et respectés pour cette attitude responsable et crédible.

Cet ADN de l’UNSa SJ est le mien, et je continuerai ainsi parce que je suis convaincue que c’est la seule façon de construire dans la durée.

Certains estiment que les jeunes se détournent du syndicalisme. Je n’en suis pas si certaine : beaucoup de jeunes collègues viennent nous voir pour connaître leurs droits. Ils n’envisagent pas d’accepter l’inacceptable comme leurs aînés (dont j’ai fait partie) qui ont enchaîné les audiences tardives à répétition, le surcroit de travail sans aide, même si on tombe malade, et sans possibilité de récupérer ses heures supplémentaires… Cela ne nous empêche pas de nous interroger sur les moyens de communiquer. Nous sommes tous des adjoints, des greffiers, des contractuels, des directeurs… et il est vrai que la communication n’est pas notre cœur de métier donc nous avons sans doute encore à apprendre et à faire. On va s’y atteler.

UNE VISION PERSONNELLE ET HUMAINE

Je suis très attachée à la solidarité inter-catégorielle. Nous sommes un collectif de travail et il est important, en tant que syndicat, de travailler pour tous et en même temps, ce que l’administration ne permet que rarement. Nos conditions de travail sont tellement dures que les tensions qui en résultent poussent parfois certains collègues à céder à l’opposition entre les corps « il y en a toujours pour les mêmes ! Ils ont

eu plus que nous ! », je milite pour qu’on ne se trompe pas de combat. Avec du recul, on voit bien que les avancées obtenues concernent chaque corps chacun son tour mais il est vrai que lorsque c’est le tour des uns, les autres se sentent souvent oubliés.

Je suis aussi très attachée au collectif de travail : nous ne sommes rien individuellement. Que ce soit en juridiction ou au sein d’un syndicat. Seule la force du plus grand nombre nous permet de faire bouger des lignes qui paraissent parfois immuables. J’ai pu constater le pouvoir du collectif qui se mobilise (cf les mobilisations de l’été 2023, par exemple) et il nous faut veiller à l’entretenir.

Ce n’est pas facile… Lorsqu’on accepte des responsabilités syndicales au niveau national, nous sommes souvent en déplacement, avec une masse de travail importante à gérer et un stress à gérer en lien avec nos responsabilités (de

nos actions et décisions dépendent celles de milliers de collègues, comme lorsqu’on travaille sur les négociations pour les métiers par exemple).

Je suis mariée, j’ai deux enfants de 17 et 19 ans et c’est parfois compliqué à gérer pour ma famille mais c’est tellement enrichissant. On apprend énormément sur notre environnement professionnel, on se sent vraiment utile au quotidien et les remerciements des collègues que l’on aide nous aident à tenir le coup. Et comme mon mari travaille dans un tribunal lui aussi, il comprend mon engagement (sourire) !

OUVERTURE ET PERSPECTIVES

Mon engagement syndical a été une vraie école de la vie et une formation pratique pour mieux maîtriser les statuts. Cette aventure m’a permis non seulement de créer des liens riches avec mes collègues, mais aussi de façon plus

surprenante avec la hiérarchie dont on apprend à connaître les contraintes, mais le syndicalisme m’a aussi ouvert les portes de la connaissance statutaire et institutionnelle. Siéger en CSA aux côtés de chefs de Cour, c’est souvent aussi instructif qu’une formation sur le fonctionnement de notre justice et cela m’a été très utile, y compris pour les examens pro ! Mais surtout, j’aurais envie de dire à mes collègues que le syndicalisme permet de se battre pour un métier qu’on aime et de se sentir utile humainement parlant auprès de nos collègues ! C’est une belle aventure humaine que je conseille à tous et que je ne regrette absolument pas (et qu’on arrête quand on veut, mais souvent une fois qu’on a pris le virus, il ne nous lâche pas !).

Je tiens d’abord à les remercier pour leur soutien et leur confiance ! Un syndicat ne puise sa force qu’auprès de ses adhérents qui, par leur solidarité et leur exigence légitime, nous encouragent à mener des combats difficiles face à l’administration toute puissante. Je vous disais tout à l’heure à quel point le collectif est important pour moi et je ne pense pas me tromper si j’affirme qu’il en est de même pour tous les militants UNSa SJ.

Je leur dirais aussi qu’ils ne doivent pas hésiter à nous faire remonter ce qu’ils vivent au quotidien ou ce qu’ils souhaitent pour leur avenir. Nous avons besoin des remontées du terrain pour réussir nos actions : ce ne sont pas les 18 membres élus au Congrès, ni le secrétaire général seul, qui définissent les actions et réussites syndicales : c’est l’œuvre de tous, y compris des adhérents !

Enfin, je leur dirai que le moment venu (fin 2026), il
faudra voter et faire voter aux prochaines élections professionnelles ! Un taux de participation élevé est un signal fort envoyé à notre administration sur la mobilisation des agents pour leurs métiers. C’est aussi une force donnée aux organisations syndicales représentatives. Face à une administration pénitentiaire fortement syndicalisée, il est important que les Services Judiciaires s’affirment à leur tour.

L’engagement commence aussi parfois avec une simple adhésion pour encourager les militants à continuer…

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